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La Voix Sauvage

Profession rock critic, une histoire de la critique rock française par ses plumes

Profession rock critic, une histoire de la critique rock française par ses plumes

La fin d’année 2019 voyait paraitre chez Gonzaï Media l’ouvrage Profession rock critic, compilation d’interviews des figures de la presse musicale hexagonale par le journaliste Albert Potiron (Gonzaï, Technikart, Noisey).

J’ai commencé à être critique rock dans un monde déjà finissant, mais dans ce monde-là, on exerçait une fonction. Les grands journaux parlaient très peu de rock. Avant 81 et l’arrivée des radios libres, les grandes radios périphériques n’en passaient que le soir. Et encore, certaines choses très limitées. Les gens lisaient peu l’anglais, il n’y avait pas internet. Pour savoir ce qu’il se passait, on était obligé de lire Rock & Folk. Simplement pour savoir si Bruce Springsteen avait fait un nouveau disque, par exemple

Michka Assayas

Des années soixante aux années quatre-vingts, la critique musicale connue un âge d’or parallèlement au développement planétaire de la diffusion de musiques populaires et principalement du rock, puis de ses rejetons. La démocratisation de la musique rock vit fleurir une toute nouvelle discipline journalistique axée sur la culture musicale mais surtout sur ses acteurs : la rock critic  à différencier des analyses musicales pointues que l’on retrouvait déjà dans les revues spécialisées. D’illustres figures (Lester Bangs, Nick Kent, Alain Dister, Simon Reynolds pour ne citer qu’eux) se démarquèrent par leur style d’écriture, leur mode de vie exubérant et/ ou les contacts qu’ils nouèrent avec les rock stars, au point de devenir quasiment aussi légendaires qu’elles pour leurs lecteurs.

Ce nouveau journalisme berça plusieurs générations, qui choisirent parfois d'acheter un disque uniquement sur les recommandations du  rédacteur de la chronique. Avant internet, ces magazines étaient également l'un des seuls moyens de connaître l'agenda des sorties et celui des concerts et tournées. Ils devinrent les bibles de milliers de jeunes lecteurs à qui le monde de la presse offrait enfin un support des tendances musicales et un moyen de connaître les artistes autrement qu'à travers leur musique.

Cependant, à l'instar du photojournalisme et de la presse dans son ensemble, l’arrivée massive d’internet dans les foyers a bouleversé le monde des médias et remis en question l’utilité de certaines disciplines journalistiques (cf « La dispartition du photojournalisme mise en lumière dans le dernier livre de Hubert Henrotte »).

L'idée d'un live report, c'est évidemment pas de décrire la performance d'un groupe, mais bien de restituer l'ambiance d'un concert. Pour donner aux gens l'envie d'aller voir le groupe la prochaine fois

Isabelle Chelley

Peut-on toujours aujourd’hui considérer la critique rock, et par extension la critique musicale, comme une discipline journalistique à part entière, à l’heure de la surabondance de webzines où nombre de rédacteurs et bloggeurs travaillent (souvent bénévolement) pour donner leur avis sur leurs dernières écoutes ?

C’est justement toute la problématique de l’ouvrage d’Albert Potiron à travers seize entretiens avec les plumes de la critique rock du paysage journalistique français. De Phillipe Manœuvre (Rock & Folk) à Sophie Rosemont (Rolling Stone) en passant par JD Beauvallet (Les Inrockuptibles), Benoît Sabatier (Technikart), Laurence Romance (Libération), et bien d’autres, c’est tout le milieu de la musique rock et ses évolutions qui nous sont racontées.

Petit manuel du journalisme musical avec ses conseils et contre-indications, chargé d’anecdotes et de souvenirs sur le terrain, l’ouvrage pose une réflexion sur la profession mais se place également comme le testament d’une époque peut-être, sinon sûrement révolue.

Je me souviens qu'on avait écrit un article dithyrambique sur un groupe qui n'existait pas et qu'on avait appelé Ayatollah Elvis and The Vietnam Surf Fuckers, avec une photo d'un espèce de monstre trouvé dans le public du festival de Reading. On leur avait créé toute une biographie où on racontait que John Cale était venu pour les produire et qu'ils lui avaient dit d'aller se faire voir. Tout ça était évidemment complètement faux

JD Beauvallet

L’introduction mentionne un possible deuxième volume. En attendant, ce modeste petit ouvrage régalera les curieux friands d’anecdotes sympatoches sur le milieu du rock des quatre dernières décennies et les amateurs de presse musicale souhaitant connaître plus intimement les journalistes qui les ont fait rêver.

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